Quilombo, cimarron, quesako?

 - Les sociétés rebelles affranchies -

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Le mot “marron” vient de l'espagnol “cimarron”, qui veut dire sauvage. Il définit les esclaves insoumis qui parvenaient à s'enfuir dans la nature, seuls, ou en groupes plus ou moins importants et structurés. Loin de se manifester d'une manière sporadique, les résistances noires dans les Caraïbes et en Amérique latine prirent parfois des formes durables, créant des petites sociétés dans lesquelles les fugitifs reproduisaient les coutumes et les croyances de la mère Afrique. Ces communautés s'organisaient à partir de la mémoire ancestrale, mais aussi des souvenirs plus récents de la société esclavagiste que les rebelles avaient quitté. A Cuba, en Haïti, au Surinam, au Panama ou au Brésil, de véritables guerres ou guérillas de longue durée opposèrent les nèg marrons aux armées espagnoles, hollandaises, anglaises ou françaises. Autour de l'isthme de Panama, de puissantes nations marronnées étaient basées dans une zone fréquentée par les corsaires et les contrebandiers d'esclaves.
Aux alentours de 1560, les
Quilombos -  les embryons de sociétés rebelles - étaient très actifs entre la ville de Panama et les monts de Vallano. De là, des rapports étaient entretenus avec d'autres noyaux établis au sud de Cartagena. En bonne partie d'origine mandingue, wolof ou congolaise, ces hommes avaient leur danse nationale, El Tamborito, accompagnée par des ensembles de percussions dont les principaux instruments étaient le tambour et le caja.

Avec le cacique (chef de tribu amérindien des Antilles) Enriquillo , des indigènes et des noirs s’unirent pour lutter dans le Bahoruco (La Espanola) de 1519 à 1533. D'autres luttes se déroulèrent sous le commandement du cacique Lampira au Honduras en 1538, du cacique Bayano au Panama en 1548, du roi Miguel au Venezuela en 1552 et du cacique Guaicaipuro au Venezuela entre 1561 et 1568. Les plus tenaces dans leur résistance furent les Karibs et les Black Karibs de l'archipel orientale.

 

En Guadeloupe, les Karibs tuèrent et blessèrent, en 1625, des jésuites qui voulaient les évangéliser. La résistance de ces fugitifs «Cimarrons» s'intensifia dans la forêt guyanaise et en Jamaïque où débuta, en 1655, la première guerre des «maroons ». À Cuba (El Cobre), à Sainte-Croix, en Guadeloupe et à Antigua, vers 1731-1740, les noirs rebelles firent souffler un grand vent de liberté. Mais c'est en Jamaïque et au Suriname de 1739 à 1749 que les conflits armés se terminèrent par la victoire des «Marrons ». Les autorités anglaises et hollandaises durent même négocier et signer des traités de paix. C'est au moment de ces vagues de résistance que les premières formes du vaudou, la santeria, les langues créoles, les musique et les idées religieuses fusionnèrent pour constituer une culture de résistance en marge de la vie coloniale.

L'analyse de ces révoltes nécessite parfois des explications anthropologiques (stratégies de lutte,  arts, musique, langues, religion). Elle permet de comprendre par exemple la vie des « cimarrons » dans le Quilombo dos Palmares (Brésil) au XVIIe siècle, et l'avènement du chef Zumbi. Ce personnage reste une icône de la résistance anti-esclavagiste et anticolonialiste, et un héros pour la communauté afro-brésilienne au Brésil et en Amérique latine en général. Dans ce lieu de résistance aux structures de l’oppression coloniale, autonomes et inexpugnables, noirs, métisses, indiens et blancs non catholiques s’y organisèrent pour fonder une république libre. La république de Palmarès sera la seule à cultiver en pluriculture dans un environnement de monoculture de sucre. Elle organisera des guérillas de libération d’esclaves. Chacun ne devenait libre que lorsqu’il avait lui-même libéré un autre esclave. La tradition orale des Caraïbes nous porte aujourd'hui quelques échos de cette période à travers contes, chants et proverbes. Mais il existe encore des habitudes, des traumatismes qui se transmettent de générations en générations, une sphère idéologique autour des langues créoles, des valeurs particulières qui se retrouve dans la culture orale des îles des Antilles et du continent latino-américain.